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Amber Heard vs Johnny Depp : un risque de retour de bâton post #metoo ?

Diffusé en direct à la télévision, le procès en diffamation intenté par Johnny Depp contre Amber Heard a déclenché un torrent de propos haineux contre l’actrice. Cinq ans après #metoo, ces réactions évoquent un effet de backlash, un retour de bâton contre les victimes qui osent prendre la parole. Féministes et organisations de lutte contre les violences conjugales s’inquiètent.

1er juin 2022 : les jurés du tribunal de Fairfax, près de Washington, aux Etats-Unis, rendent leur verdict à l’issue de six semaines de débats devant la justice entre la défense de l’actrice Amber Heard et les avocats de son ex-époux, l’acteur Johnny Depp. Tous deux s’accusent mutuellement de violences et de diffamation.

Diffusé en direct à la télévision et sur Internet, le procès a tourné au grand déballage sur la vie privée du couple au vu et au su du grand public. Les extraits relayés sur les réseaux sociaux ont alors donné lieu à des torrents d’injures contre Amber Heard et de messages misogynes devenus viraux, alors que Johnny Depp, qui a 22 ans de plus que son ex, bénéficiait, lui, d’une vague de himpathy – un phénomène que la philosophe australienne  Kate Manne décrit comme « la sympathie inappropriée et disproportionnée dont bénéficient les hommes de pouvoir dans des cas d’agressions sexuelles, de violences conjugales, d’homicides et d’autres comportements misogynes ».

L’actrice de 36 ans a-t-elle diffamé son ex-mari dans sa tribune publiée en 2018 dans le Washington Post, où elle se présentait comme « une personnalité publique incarnant les violences conjugales« , sans explicitement mentionner le nom de Johnny Depp ? Telle était la question à laquelle les jurés ont répondu en la jugeant coupable de « diffamation avec réelle malveillance » contre Johnny Depp. Amber Heard est condamnée à lui verser 10 millions de dollars, plus 5 millions de dommages et intérêts. Le jury a aussi condamné Johnny Depp à 2 millions de dollars en dommages et intérêts, considérant qu’il avait lui aussi diffamée son ex-femme dans le Daily Mail. 

Règlement de comptes

La guerre juridique et médiatique entre les deux ex-conjoints remonte à 2016. Amber Heard demande le divorce, accuse Johnny Depp de violences et obtient une injonction d’éloignement – accusations éteintes par un accord financier. En 2020, un premier procès en diffamation oppose l’acteur au journal britannique The Sun, qui a publié des propos d’Amber Heard l’accusant de violences. La justice estime que les accusations de l’actrice sont fondées, même si Johnny Depp incrimine lui aussi son ex-femme pour violences. S’ensuit la tribune de la jeune femme dans le Washington Post qui mènera au procès clôt le 1er juin.

D’un côté : Amber Heard présente des preuves d’ecchymoses et de scènes de violence, d’insultes et de menaces, en général sous l’emprise de l’alcool de la part de Johnny Depp. De l’autre : l’acteur produit des enregistrements où Amber Heard reconnaît l’avoir frappée et la preuve qu’elle a déjà été arrêtée en 2009 pour violences conjugales sur son ex, Tasya Van Ree. Au final : Johnny Depp déclare avoir accidentellement donné un coup de tête à Amber Heard en essayant de l’empêcher de l’attaquer. Elle justifie les violences auxquelles elle a pu se livrer en les qualifiant d’autodéfense.

Au delà du règlement de compte sans merci entre les deux parties d’un couple toxique, le procès de Fairfax, parce que livré en direct à la vindicte du public, a donné lieu à une vague de propos haineux contre Amber Heard, la femme par qui le scandale est arrivée. Et par ricochet à toutes les victimes de violences conjugales qui osent les dénoncer. Ainsi Amber Heard l’exprime-t-elle lorsqu’elle dit sa déception face au verdict : « Je suis dévastée par le fait que la montagne de preuves n’ait pas été suffisante pour faire face au pouvoir, à l’influence et à l’ascendant bien plus importants de mon ex-mari, a-t-elle déclaré après la lecture de la sentence. Je suis encore plus déçue par ce que ce verdict signifie pour les autres femmes. C’est un revers. Cela remet en cause l’idée que la violence envers les femmes doit être prise au sérieux« .

Médiatisation toxique

La juge Penney Azcarate avait décidé d’autoriser la diffusion des audiences à la télévision de cette affaire ultra médiatisée, l’une des plus suivies au monde, malgré l’opposition des avocats d’Amber Heard. Ce fut « la pire décision prise par un tribunal depuis des décennies pour les victimes« , pense Michele Dauber, professeure de droit à l’université de Stanford, en Californie, et militante contre les agressions sexuelles sur le campus. Une décision qui révèle « une profond méconnaissance des violences sexuelles de la part de la juge« .

Amber Heard a dû « décrire son viol présumé avec des détails crus à la télévision. C’est choquant et ça devrait offenser toutes les femmes et les victimes, qu’elles soient d’accord ou non avec le verdict… », explique Michele Dauber. De fait, le procès a fasciné un public mondial peu habitué à regarder les allégations d’agressions sexuelles au sein d’un couple, puisque la dernière fois qu’une victime de viol a dû témoigner publiquement remonte à 1983.

Quelles que soient les opinions sur le verdict, c’est un problème : « Je ne pense pas que notre société comprenne encore la dynamique des violences conjugales« , déclare Ruth Glenn, présidente de la Coalition nationale contre les violences conjugales (NCADV), à l’AFP. Ce contexte n’a pas été suffisamment creusé lors des débats au tribunal, estime-t-elle. Pour elle, il n’y a « aucun doute » sur les types d’abus qui ont été révélés au procès. « Il faut s’assurer que les personnes présentes le comprennent. Mais tant que ce n’est pas le cas, ne montrons pas ce genre de choses à la télévision« .

Dénigrement, injures, moqueries

« Chaque fois qu’Amber Heard a pris la parole pour détailler les violences conjugales dont elle accuse Johnny Depp, ses paroles, relayées sur les réseaux sociaux, ont immédiatement suscité moqueries, remarques sexistes et dénigrement, qui ont un effet incontestablement désastreux sur l’objectif d’encourager les femmes à porter plainte contre des conjoints, ou des personnalités publiques violentes, » écrit sur Facebook la militante des droits des femmes Fatima-Ezzahra Benomar. « Comme c’est souvent le cas dans les affaires de violences sexistes et sexuelles, déplore-t-elle, l’actrice a été accusée de jouer la comédie quand elle pleure, ou au contraire de ne pas en faire assez quand elle ne pleure pas…. »

Désormais « chaque victime va réfléchir à deux fois avant de se manifester et demander une ordonnance d’éloignement ou de parler à quiconque des abus qu’elle a subis, déplore la professeure et militante Michele Dauber. Des femmes risquent d’être blessées, voire tuées, parce qu’elles n’ont pas appelé à l’aide. Cette affaire est un désastre complet. Elle est potentiellement catastrophique« , conclut-elle..

Misogynie en force

La professeure de droit remarque, elle aussi, que l’opinion publique soutenait Johnny Depp, alors que son ex faisait l’objet d’insultes et de quolibets « ouvertement misogynes » sur les réseaux sociaux. Amber Heard a subi « métaphoriquement le supplice du goudron et des plumes« , affirme-t-elle, alors que le jugement a été salué par la droite américaine. Des propos qui ont déclenché un tollé de propos haineux contre Michele Dauber – salope, pétasse, criminelle, mégenrée… – au point que l’un de ses comptes émetteurs a été bloqué par Twitter.

Retour de bâton après #metoo ?

La médiatisation de l’affaire Heard vs Depp pose la question de l’avenir du mouvement #MeToo, qui, depuis 2017, encourage les femmes à dénoncer les auteurs de harcèlement et d’agression sexuelles. Cinq ans après, l’irrésistible raz-de-marée marque le pas. « Il est impossible de ne pas y voir un retour de bâton pour #MeToo, les femmes sont allées trop loin. Mesdames, on vous a écouté et on a condamné quelques hommes. Ne soyez pas trop cupides« , écrit ainsi un internaute sur Reddit.

D’autres, comme Ruth Glenn, du NCADV, veulent y voir une piqûre de rappel du travail qui reste à accomplir. Pour Tarana Burke, fondatrice de #MeToo, « le mouvement est tout à fait vivant. C’est le système qui est corrumpu ». L’instigatrice de #MeToo appelle à se concentrer sur le courage de millions de femmes ayant dénoncé des violences plutôt que sur les batailles judiciaires, gagnées ou perdues.

Au paroles de Tarana Burke font écho celles d’Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes en France, qui a réagi aux milliers, voire millions d’insultes de tiktokeurs qui font payer à Amber Heard d’avoir écorné l’image de Johnny Depp, ce « mâle parfait ». Pour elle, ce backlash ne stoppera pas le mouvement, car « #metoo ne peut se résumer à un procès et résonne partout sur la planète : rien ne peut arrêter un mouvement dont le moment est venu« .

A l’issue du procès, l’avocate d’Amber Heard déclare que sa cliente ne peut « absolument pas » payer les plus de 10 millions de dollars de dommages-intérêts qu’elle est condamnée à verser à son ex-époux. Estimant que l’actrice a été « diabolisée » par la partie adverse, elle déclare vouloir faire appel de la décision du jury.

Text by Terriennes Liliane Charrier

Avantage Johnny Depp dans le procès de l’opinion publique

Contrairement à Amber Heard, l’acteur bénéficie d’un soutien massif que ce soit sur les réseaux sociaux ou devant les portes du tribunal.

Les débats du procès en diffamation opposant Johnny Depp et Amber Heard se terminent vendredi au tribunal de Fairfax et son issue reste incertaine, mais le «Pirate des Caraïbes» peut compter sur un large soutien dans la rue ou sur les réseaux sociaux.

Les accusations mutuelles sont pourtant lourdes. Johnny Depp assure que son ex-femme a ruiné sa réputation en affirmant, dans une tribune publiée en 2018, avoir été victime de violences conjugales deux ans auparavant. Il rejette ces allégations et réclame 50 millions de dommages-intérêts.

Amber Heard, 36 ans, a contre-attaqué et demande le double, assurant avoir subi des années de violences, dont un viol en 2015, et accusant son ex-mari d’avoir voulu «ruiner sa carrière».

Le public pour Johnny

Chaque matin, plusieurs centaines de personnes accueillent l’acteur devant le tribunal de cette petite ville de Virginie, proche de Washington, comparé à une poignée de pancartes en faveur d’Amber Heard. Sur les réseaux sociaux, l’avantage est également clairement au comédien de 58 ans. Les passions se déchaînent sur Twitter et TikTok où avec 15,3 milliards de «vues» mardi, le hashtag «Justice pour Johnny Depp» dépassait largement «Je suis avec Amber Heard» (8,4 millions).

«Rien ne me surprend avec les réseaux sociaux et les célébrités» et cette affaire concerne «deux grandes célébrités», explique à l’AFP Jason Mollica, professeur de communication à l’American University. Selon lui, Johnny Depp est un acteur de renommée mondiale qui a toujours fui les mondanités et conservé «ce côté mystérieux» qu’aiment les fans.

Amber Heard, elle, est bien moins connue. Elle tente depuis le début du procès d’apparaître «plus normale et proche des gens», selon M. Mollica, mais son ancienne assistante, Kate James, a décrit une personnalité «agressive» et «théâtrale».

Les internautes «expriment leurs opinions sans être des experts de la justice», dit l’ancien journaliste. Ce procès a révélé «les côtés les plus tape-à-l’œil de l’affaire mais nous n’aurons peut-être jamais la vérité, enfouie dans les eaux boueuses des réseaux sociaux».

Hostilité envers Amber

L’hostilité à Amber Heard, ambassadrice de l’organisation des droits civiques ACLU pour les violences conjugales, est ancienne. La carrière de l’actrice «était au bord d’une ascension fulgurante» après le succès mondial d’«Aquaman» sorti fin 2018, a affirmé lundi Kathryn Arnold, une spécialiste de l’industrie du divertissement. Mais elle a subi «beaucoup de publicité négative» après la tribune publiée dans le «Washington Post», a-t-elle ajouté.

Les campagnes de cyberharcèlement suivaient généralement les déclarations d’un des avocats de Johnny Depp et avaient entouré le premier procès en diffamation intenté par l’acteur à Londres en 2020, a estimé Ron Schnell, un expert en analyses des réseaux sociaux.

Un responsable des studios Warner Bros a toutefois mis l’accent sur «l’absence d’alchimie» entre elle et l’acteur Jason Momoa durant «Aquaman» pour expliquer ses apparitions limitées dans le deuxième opus, filmé en 2021. Et à Hollywood, peu de vedettes ont affiché leur soutien à Amber Heard, au contraire de Johnny Depp.

L’avenir de #MeToo

Dans une tribune, le «New York Times «craignait récemment que l’issue du procès, si les jurés ne donnaient pas raison à Amber Heard, pourrait signifier la «mort» du mouvement #MeToo contre les violences faites aux femmes. «Je ne pense pas qu’il influencera les victimes dans leur volonté ou non de dénoncer les abus», estime toutefois Shana Maier, professeure de justice criminelle à l’Université Widener.

De même, elle écarte le risque de «retour de bâton sur les victimes ou les associations de défense des femmes». Elle souligne que ce procès a le mérite de «mettre en lumière la question des violences conjugales». «Il y aura toujours des gens qui diront d’Amber Heard: «pourquoi a-t-elle dit ça si ce n’est pas arrivé?» abonde Jason Mollica.

Un précédent?

Pour M. Mollica, ce procès pourrait toutefois influencer d’autres procès en diffamation impliquant des célébrités, comme celui intenté par le chanteur Marilyn Manson, un ami de Johnny Depp, contre son ex-petite amie Evan Rachel Wood.

La sélection des jurés pourrait ainsi se compliquer si un avocat du rockeur estime que «les jurés ne connaissent peut-être pas tous les faits, mais ils connaissent les noms Depp, Heard et Manson, et rien que ça les empêche d’être impartiaux», dit Jason Mollica. Pour Shana Maier en revanche, le procès Marilyn Manson «sera jugé sur son propre mérite».

Text by Le Matin.ch (AFP)

#Striketober, «grande démission» : 5 minutes pour comprendre la fronde sociale inédite aux Etats-Unis

Des usines aux hôpitaux en passant par la restauration, une vague de grèves bouleverse les Etats-Unis, réclamant un meilleur salaire ou statut. Un mouvement qui favorise les syndicats locaux et replace l’enjeu de la qualité du travail au cœur des débats.

La rentrée balayée par une fronde historique aux États-Unis. Lessivés par la pandémie et frustrés par les profits de leurs employeurs, des dizaines de milliers de salariés américains ont engagé des mouvements de grève cet automne, réclamant de meilleures conditions de travail. Des usines aux plateaux de cinéma, en passant par les hôpitaux et le milieu de la restauration, ces mouvements de « Great Resignation », défendus par une frange du camp démocrate, touchent tous les secteurs. Et pourraient bien inspirer les pays voisins. Décryptage.

Que s’est-il passé ?

Les grèves s’accumulent depuis plusieurs semaines aux États-Unis. Depuis jeudi, 10 000 salariés du constructeur de tracteurs John Deere ont quitté leurs usines pour descendre dans la rue. Une action qui rejoint celle menée par 1 500 ouvriers travaillant pour le géant des céréales Kellogg’s en Pennsylvanie ou encore celle de 2 000 infirmières de l’hôpital Mercy à Buffalo dans l’État de New York, réclamant de meilleures conditions de travail.

D’autres secteurs pourraient à leur tour venir gonfler les rangs de grévistes. Quelque 31 000 employés du groupe de santé Kaiser Permanente se préparent à cesser sous peu leur travail, en Californie. La colère gagne encore les studios d’Hollywood dont certaines équipes s’apprêtaient à quitter leur tournage, avant la conclusion d’un accord in extremis sur les conditions de travail.

Aussi disparates soient-elles, ces grèves, soutenues par l’aile gauche des démocrates derrière le hashtag #Striketober, réclament selon les secteurs, de nouvelles embauches, une revalorisation des salaires ou encore pour certains, « la garantie de ne pas voir leur emploi délocalisé », précise Marie-Christine Bonzom, politologue, journaliste et spécialiste des États-Unis.

Quel contexte ?

Si les grèves se sont intensifiées ces dernières semaines, les frustrations des employés elles, ne datent pas d’hier. « La pandémie a été l’élément déclencheur mais l’insatisfaction venait de loin. Elle concerne aussi bien les bas salaires, les bénéfices des entreprises, ou encore l’accès compliqué à la sécurité sociale qui dépend de l’employeur », note Nicole Bacharan, historienne spécialiste des États-Unis et auteure des « Grands jours qui ont changé l’Amérique ».

La sortie de la crise sanitaire a vu naître une vague de démissions sans précédent. 4,3 millions d’Américains ont quitté leur emploi depuis août, selon des données du ministère du Travail citées par le Washington Post. Un chiffre qui dépasse même les 20 millions si l’on compte depuis avril. Pour la plupart, ces départs ont touché le secteur de la vente et de l’hôtellerie, soit des emplois aux cadences éprouvantes, souvent mal rémunérés.

Au final, la pandémie a redistribué les cartes des priorités chez bon nombre de travailleurs. Au total, 10 millions d’emplois seraient non pourvus dans le pays. Un levier considérable pour ceux qui s’apprêtent à raccrocher. « Puisque les employeurs ne trouvent personne à embaucher, les employés sont en bonne position pour négocier des augmentations de salaire ou un meilleur statut », souligne Marie-Christine Bonzom.

Quelle place pour les syndicats ?

En déclin depuis la fin des années 1960, les syndicats semblent désormais reprendre des couleurs dans le pays. Le président Joe Biden avait d’ailleurs affiché, parmi ses priorités, celle de faire respecter leurs droits et de leur redonner du pouvoir. À ce jour, le pays compte 11 % de syndiqués parmi ses travailleurs. Un taux « faible mais pas plus qu’en France », remarque Nicole Bacharan. Preuve que la lutte sociale gagne du terrain, des employés de grandes firmes telles que Starbucks ou Amazon ont même tenté de monter leur syndicat ces derniers mois. Parfois, en vain.

Car rappelons-le, le droit syndical reste radicalement différent de celui observé en France. « Chez nous, la négociation syndicale s’opère principalement par secteur via des conventions collectives. Là-bas, tout se joue au niveau des sociétés, unité par unité. Le droit de se syndiquer dépend d’un vote au sein de l‘entreprise », résume Marie-Christine Bonzom.

Si peu d’Américains militent pour leurs droits, beaucoup soutiennent toutefois le mouvement. « Dans l’imaginaire collectif, on peine à associer les États-Unis et la lutte syndicale. Mais les syndicats ont beaucoup gagné en popularité ces dernières années. Un soutien qui les aide aujourd’hui à négocier », pointe Nicole Bacharan.

Un effet domino ?

Grèves multiples, vague de démissions, renégociations en série… Le mouvement de colère sociale comme la pénurie de main-d’œuvre dépassent désormais les frontières américaines. L’Allemagne manque de 400 000 travailleurs qualifiés, relève Bloomberg. De même, la Chine ferait face à des démissions massives, avec l’émergence d’une nouvelle génération de travailleurs « désenchantée par les perspectives et rebutée par les salaires relativement bas », relève le Washington Post.

De son côté, la France peine depuis plusieurs mois à recruter dans le secteur de la restauration. Sans parler de grève mondiale, ces constats successifs témoignent d’une « forte aspiration à de meilleures conditions de travail », estime Nicole Bacharan pour qui ces mobilisations pourraient en entraîner d’autres. Avec une nuance toutefois outre-Atlantique : « Pour les Américains, l’accomplissement personnel ne peut se détacher de la valeur travail, de la réussite professionnelle. Autrement dit, les grèves peuvent se succéder sur place, les 35h ne seront pas pour demain… », souffle Nicole Bacharan.

Texte le parisien.fr Par Marie Campistron

L’équipe russe qui a tourné le premier film dans l’espace de retour sur Terre

L’actrice et le réalisateur russes qui ont séjourné pendant 12 jours à bord de la Station spatiale internationale (ISS) pour y tourner le premier film dans l’espace ont atterri dimanche matin sur Terre.

Le vaisseau Soyouz MS-18 transportant l’actrice Ioulia Peressild, le réalisateur Klim Chipenko et le cosmonaute Oleg Novitski est arrivé dans les steppes du Kazakhstan à 04h36, l’heure prévue, selon les images retransmises en direct par l’agence spatiale russe.

Le patron de l’agence spatiale russe Dmitri Rogozine a pour sa part publié avant le retour sur Terre des photographies de son équipe en route sur les lieux de l’atterrissage à bord de dix hélicoptères.

Le vaisseau Soyouz MS-18 transportant l’actrice Ioulia Peressild, le réalisateur Klim Chipenko et le cosmonaute Oleg Novitski est arrivé dans les steppes du Kazakhstan à 04h36, l’heure prévue, selon les images retransmises en direct par l’agence spatiale russe.

 

Le vaisseau Soyouz MS-18 transportant l’équipe du tournage du 1er film dans l’espace est sur le point d’atterrir dans les steppes du Kazakhstan. [Sergei Savostyanov / POOL / Sputnik – AFP]

Concurrence avec les Etats-Unis

Devançant un projet américain concurrent avec Tom Cruise, Ioulia Peressild, 37 ans, et Klim Chipenko, 38 ans, avaient décollé le 5 octobre du cosmodrome russe de Baïkonour au Kazakhstan, aux côtés du cosmonaute chevronné Anton Chkaplerov.

Leur film, intitulé provisoirement « Le Défi », mettra en scène une chirurgienne se rendant à bord de l’ISS avec pour mission de sauver la vie d’un cosmonaute.

Dans un contexte de rivalité russo-américaine, cette aventure cinématographique prend aussi des allures de nouvelle course aux exploits dans l’espace, 60 ans après la mise en orbite du premier homme par l’URSS, Iouri Gagarine.

Cette initiative intervient en pleine ruée non-scientifique vers l’espace, avec la multiplication ces derniers mois des vols de loisir, comme ceux des milliardaires britannique Richard Branson et américain Jeff Bezos.

Texte RTS info ats/iar

Face aux talibans, les Afghanes partagées entre craintes et résignation

Comme un triste symbole, des vendeurs de burqas ont réalisé ce mardi des ventes record à Kaboul, où les femmes anticipent des restrictions de leurs libertés.

AFGHANISTAN – Les femmes se faisaient rares dans les rues d’Afghanistan ce mardi 17 août, au surlendemain de la prise du pouvoir par les talibans.

Les femmes craignent un retour au même type de régime fondamentaliste que celui qu’elles ont connu sous les talibans de 1996 à 2001. À l’époque, elles avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin et de travailler, les filles d’aller à l’école.

Les femmes accusées de crimes comme l’adultère étaient fouettées et lapidées à mort. Jeux, musique, photographies, télévision étaient alors interdits. Les voleurs avaient les mains coupées, les meurtriers étaient exécutés en public et les homosexuels tués.

Comme un triste symbole, des vendeurs de burqas ont réalisé ce mardi des ventes record à Kaboul, comme a pu le constater la journaliste de CNN Clarissa Ward. Les femmes anticipent déjà les nouvelles restrictions de liberté.

Pourtant ce mardi, rien ne laissait entrevoir que les talibans avaient réintroduit ou comptaient imposer la même version ultra-rigoriste de la loi islamique qu’il y a vingt ans. Mais personne ne semblait vouloir prendre de risque. “Les gens ont peur de l’inconnu”, affirme un commerçant, souhaitant rester anonyme. “Les talibans patrouillent dans la ville en petits convois. Ils n’importunent personne, mais bien sûr les gens ont peur”, ajoute-t-il.

Une brève manifestation à Kaboul

Dans la capitale afghane, quelques rares femmes ont manifesté ce mardi leur opposition au nouveau régime. Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré un bref rassemblement devant l’entrée de la zone verte pour réclamer le droit de retourner y travailler comme cuisinières ou femmes de ménage. Des talibans en camion ont tenté en vain de les disperser avant qu’elles se laissent convaincre par des civils de quitter les lieux.

À Hérat, les femmes craignent elles aussi pour leurs libertés. Dans la troisième ville du pays, une école pour femmes a pu rouvrir, mais toutes les élèves portent désormais le hijab et se demandent pour combien de temps pourront-elles encore continuer à étudier. 

Les talibans ont tenté de rassurer la population à travers diverses interventions dans les médias. Sur Sky News, le porte-parole des insurgés, Suhail Shaheen, a affirmé lundi soir que les femmes n’ont pas à craindre de menaces.

“Leur droit à l’éducation est également protégé”, a-t-il affirmé. Les talibans restent cependant vagues sur la manière dont ils entendent gouverner l’Afghanistan.

Texte by Le HuffPost avec AFP

Il s’est envolé 20 ans avant Jeff Bezos, qui est Dennis Tito, le premier touriste de l’espace ?

Jeff Bezos, l’homme le plus riche au monde et fondateur du géant de commerce en ligne Amazon, s’est rendu dans l’espace ce mardi 20 juillet 2021. Il a réalisé ce voyage vingt ans après le millionnaire américain Dennis Tito, le premier touriste spatial. Voici le parcours de celui qui a ouvert la voie à ce genre de périple très particulier.

Le millionnaire américain Dennis Tito n’oubliera jamais ce 28 avril 2001. Ce jour-là, à bord d’un vaisseau spatial russe Soyouz, il a volé dans l’espace.

« J’ai atteint l’objectif d’une vie », complète-t-il micro de la chaîne de télévision américaine CNN. Âgé de 60 ans à l’époque, Dennis Tito est considéré comme étant le premier touriste spatial : il n’est pas astronaute de métier et a payé pour effectuer ce voyage.

Il s’est envolé vingt ans avant le milliardaire britannique Richard Branson et Jeff Bezos, le fondateur du géant de la vente en ligne Amazon et l’homme le plus riche du monde, qui a voyagé dans l’espace pendant onze minutes ce mardi 20 juillet 2021.

Subjugué par Youri Gagarine

Pour comprendre comment Dennis Tito est devenu le premier touriste spatial, il faut remonter au 12 avril 1961. Ce jour-là, le cosmonaute russe Youri Gagarine devient le premier humain à avoir effectué un vol dans l’espace.

À New York, où il est né une vingtaine d’années plus tôt, le jeune Dennis Tito est subjugué. Ce fils d’une couturière et d’un imprimeur du quartier du Queens se décide à marcher dans les traces du Russe.

Ce rêve semble façonner ses études, et sa carrière : diplômé en astronautique, en aéronautique et en ingénierie, il commence à travailler à la Nasa, l’agence spatiale américaine, comme le raconte l’encyclopédie Britannica . L’ingénieur participe notamment à l’élaboration de missions visant à envoyer des sondes sur Mars.

En 1972, changement de domaine. Des sciences de l’espace, Dennis Tito passe à celles de la finance. Il fonde une société d’investissement, et applique ses compétences en mathématiques au monde des marchés.

Au cours de ces années finance, Dennis Tito gagne de l’argent. Beaucoup d’argent. Il devient millionnaire, et, même s’il ne travaille plus pour l’agence spatiale américaine, son rêve de partir un jour dans l’espace ne le quitte jamais.

L’histoire de Dennis Tito rebondit en 1991. L’Union soviétique commence à s’effondrer et le millionnaire prend contact avec des représentants de l’État.

Le thème des discussions ? Participer à une mission spatiale, moyennant finances. Les échanges n’aboutissent pas, mais reprennent à la fin des années 1990 souligne encore CNN.

« Les Russes avaient beaucoup de mal à financer leur programme spatial, raconte le millionnaire. Je me suis dit que je pourrais peut-être m’engager avec eux ». Traduction : payer pour partir dans l’espace.

Le timing est bon. À l’époque, la société MirCorp, entend « exploiter » la station spatiale russe, Mir, de « façon privée », comme nous l’expliquait le journaliste spécialisé Olivier Sanguy en 2019.

Six jours dans la Station spatiale internationale

En juin 2000, le quotidien américain The New York Times rapporte que le millionnaire a signé un chèque de 20 millions de dollars d’alors (environ 30 millions de dollars aujourd’hui) à l’ordre de MirCorp pour s’envoler dans l’espace et rejoindre les installations en orbite.

Ce voyage ne verra jamais le jour, mais Dennis Tito n’abandonne pas. En 2000, il arrive en Russie et commence un entraînement intense à la Cité des étoiles, ce complexe bâti près de Moscou où les cosmonautes russes se préparent à quitter la Terre.

« Ce n’était pas facile, raconte-t-il au site spécialisé Space.com J’ai dû passer huit mois en Russie sans vraiment savoir si je pourrais voler ou non. »

En avril 2001, enfin, Dennis Tito arrive au cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan. Il rejoint les cosmonautes Talgat Moussabaïev et Iouri Batourine, qu’il va accompagner dans l’espace.

Le samedi 28 avril, la fusée qui transporte le vaisseau Soyouz de l’équipage décolle. L’engin s’arrimera ensuite à la Station spatiale internationale, où les trois hommes passeront six jours. Le 6 mai, la capsule qui ramène l’équipage se pose sur Terre, dans les steppes du Kazakhstan. Dennis Tito a fini son voyage dans l’espace.

Une histoire de ténacité, pour celui que le journal Le Monde décrivait comme « un millionnaire américain bien ordinaire. » Après le millionnaire, sept autres touristes spatiaux ont voyagé dans l’espace jusqu’à 2009, selon le décompte de CNN. Une liste à laquelle il faut désormais ajouter Richard Branson et Jeff Bezos.

Le port d’arme à feu en public et sans permis autorisé au Texas

Les opposants à cette loi, au Texas et dans tout le pays, affirment qu’un assouplissement des règles sur les armes à feu va générer davantage de violence.

Le gouverneur républicain du Texas a promulgué mercredi une loi autorisant le port d’une arme à feu en public sans permis, dernière d’une série de mesures élargissant les droits en matière d’armes à feu dans les États conservateurs aux États-Unis.

Cette loi, adoptée en mai par un Sénat et une Chambre des représentants dominés par les républicains dans cet État du sud, permet à toute personne âgée de 21 ans ou plus et n’étant pas visée par une interdiction de détenir une arme à feu d’en porter une en public sans permis. Elle doit entrer en vigueur le 1er septembre. Le texte considère que les Constitutions des États-Unis et du Texas autorisent les citoyens à porter une arme à feu et que, par conséquent, il devrait y avoir moins d’obstacles en la matière.

Le gouverneur Greg Abbott compte présider une cérémonie de promulgation du texte jeudi, d’après le journal «Texas Tribune». Il avait fait savoir qu’il promulguerait la loi si le texte était voté par les deux chambres. «C’est quelque chose qu’une vingtaine d’autres États ont adopté, et il est temps que le Texas l’adopte aussi», avait-il déclaré en avril sur la radio locale WBAP.

22 morts dans un supermarché en 2019

Mais les opposants, en particulier les démocrates au Texas et dans l’ensemble du pays, ont affirmé qu’un assouplissement des règles sur les armes à feu allait générer davantage de violence. Ils ont notamment cité en exemple la fusillade dans la capitale texane Austin ayant fait un mort et treize blessés la semaine dernière, ainsi que celle dans un supermarché d’El Paso en 2019 qui avait fait 22 morts et 23 blessés.

L’élue texane à la Chambre des représentants des États-Unis Veronica Escobar a estimé mercredi que Greg Abbott avait «choisi de trahir les victimes de la violence par armes à feu» en promulguant la loi.

«Malgré un soutien important pour une législation visant à prévenir la violence par armes à feu, les Républicains, menés par un gouverneur couard, sont davantage intéressés d’attirer l’attention du lobby des armes qu’ils ne le sont de prévenir la violence par armes à feu et de rendre hommage aux victimes et aux survivants d’El Paso et à travers le Texas», a-t-elle tweeté.

La représentante Vikki Goodwin avait demandé lundi au gouverneur d’opposer son véto à la loi après la fusillade à Austin. «Nous devons intervenir pour briser ce cercle vicieux», a-t-elle indiqué.

Texte by Lematin.ch AFP

Amazon s’offre le mythique studio de James Bond, MGM, pour concurrencer Netflix

James Bond, Rocky, Le Silence des agneaux… Plus de 4.000 films dont de très nombreux classiques vont passer sous le pavillon d’Amazon après l’acquisition pour 8,45 milliards de dollars du studio hollywoodien quasi centenaire Metro-Goldwyn-Mayer, de quoi armer l’ogre américain du commerce en ligne face à l’empereur du streaming Netflix.

Ce rachat « est très exaltant et il offre beaucoup d’opportunités d’histoires de grandes qualités à raconter », s’est réjoui dans un communiqué Mike Hopkins, vice-président senior de Prime Video et d’Amazon Studios.

Il s’agit de la deuxième acquisition la plus chère de l’histoire d’Amazon après le rachat des supermarchés américains Whole Foods pour 13,7 milliards de dollars en 2017.

Outre plus de 4.000 films dont la saga de l’agent 007, Robocop, Basic Instinct, Raging Bull et Thelma & Louise, Amazon va faire main basse sur un vaste catalogue de séries, dont The Handmaid’s Tale, Fargo et Vikings.

« La véritable valeur financière de cet accord est le trésor de la propriété intellectuelle du catalogue complet que nous prévoyons de réinventer et de développer avec la talentueuse équipe de MGM », ajoute Mike Hopkins.

A travers ce rachat, le géant américain fondé par le milliardaire Jeff Bezos se renforce dans le contenu pour son service de streaming Amazon Prime Video, la mère des batailles dans le monde du divertissement soumis à une concurrence impitoyable entre services.

Pour gagner des abonnés et des parts de marché, les plateformes de streaming sont contraintes d’investir massivement dans le contenu, à l’instar de Netflix qui pourrait dépenser 17 milliards de dollars cette année, ou tenter de croître à travers des acquisitions.

Avec la baisse des contaminations au Covid-19 et la reprise progressive de l’activité, Netflix a vu sa croissance ralentir. Il domine quand même le secteur avec 208 millions d’abonnés payants dans le monde revendiqués fin avril. Les plateformes de Disney (Disney+, ESPN+, Hulu) en recensaient 159 millions début avril.

Bien qu’il ait vu sa croissance ralentir en raison de la réouverture progressive des économies à la faveur d’une baisse des contaminations au Covid-19, Netflix domine le secteur en revendiquant fin avril 208 millions d’abonnés payants dans le monde.

Amazon, dont l’action prenait 0,75% en Bourse vers 15H30 GMT, a indiqué fin avril que son service de streaming avait été utilisé par 175 millions d’abonnés au service Prime sur un an.

Cet accord « aide clairement Amazon car les clients sont à l’affût de plus de contenus », affirme à l’AFP Dan Rayburn, analyste médias pour Frost & Sullivan.

Outre le contenu, Amazon acquiert un nom mythique d’Hollywood avec une réputation éprouvée dans l’industrie du cinéma, ajoute-t-il.

Le sport aussi


Le géant américain qui pèse plus de 1.600 milliards de dollars en Bourse a déjà lancé de coûteuses acquisitions ces dernières années avec les droits télévisés pour « Le Seigneur des anneaux », la saga fantastique culte de J.R.R. Tolkien, pour 250 millions de dollars. Amazon a l’intention d’en faire une série à plusieurs saisons.

Il s’est aussi engouffré dans la brèche sportive, avec l’achat de droits exclusifs sur la NFL aux Etats-Unis, mais aussi Wimbledon et l’US Open au Royaume-Uni. En France, le géant a acquis une partie des droits de Roland Garros pour cette année et les deux à venir.

L’annonce du rachat de MGM survient dans un contexte de mouvements de consolidation brutaux ces derniers jours. Le géant des télécommunications AT&T a annoncé à la mi-mai la fusion de sa filiale WarnerMedia avec Discovery, qui proposent respectivement les services de streaming HBO MAX et Discovery+.

La valeur des fusions ou acquisitions dans le secteur des médias et du divertissement cette année est au plus haut depuis l’an 2000, avec 232 milliards de dollars selon le fournisseur de données Refinitiv, près de sept fois supérieur au niveau de l’an dernier à la même époque.

Cette absorption représente par ailleurs la dernière d’une longue série pour les studios hollywoodiens, après notamment celle de Warner Bros par AT&T, d’Universal par Comcast, et de Paramount par ViacomCBS.

A l’image de nombreux studios de cinémas américains, MGM a beaucoup souffert de la pandémie de Covid-19 et de la fermeture prolongée des salles de cinéma à travers le monde.

Initialement attendu en salles en mars 2020, le dernier opus de James Bond, « No Time To Die » (« Mourir peut attendre »), a ainsi vu sa sortie repoussée plusieurs fois et devrait finalement être projeté en salles à partir du 30 septembre.

Le marché des cartes Pokémon est devenu fou

Les ventes explosent, les prix flambent et les sociétés d’estimation n’arrivent plus à suivre

Si vous possédez de vieilles cartes Pokémon dans un tiroir, vous devriez peut-être y jeter un œil. Conséquence probable d’un confinement mondial qui a contraint des millions d’adultes à tuer le temps et essayer de gagner un peu d’argent par tous les moyens possibles, 2020 est déjà millésimée pour la licence la plus lucrative au monde, qui fête son quart de siècle cette année.

Inspiré par des YouTubeurs stars comme l’Américain Logan Paul, tout le monde se met à vendre ses vieilles cartes en espérant toucher le gros lot.

Mesurez plutôt: entre 2019 et 2020, constataient Les Echos en février, le volume de cartes Pokémon échangées sur eBay a augmenté de 574%. Et contrairement à ce que nous apprend le capitalisme sur la relation offre et demande, cette augmentation du volume est allée de pair avec une envolée stratosphérique des prix.

En janvier, un lot de 103 cartes daté de 1999 était évalué à 750.000 dollars; le mois suivant, c’est un Dracaufeu qui partait pour 418.000 euros sur eBay. Une dernière folie? À l’heure actuelle, eBay propose un assortiment de cartes de première édition contre la modique somme de… 6 millions de dollars (4,98 millions d’euros).

La folie autour du marché des cartes Pokémon, énième marché des objets de collection à être contaminé par la bitcoinisation du monde, n’est pas tout à fait neuve.

Mais comment en évaluer la valeur? Pour les vendeurs, deux solutions: se fier à l’argus des cartes sur eBay et évaluer la cote de chaque carte via son numéro de série et l’index de la maison d’enchères PWCC, qui fait office de référence, ou faire évaluer sa carte par une agence de notation.

Ces entreprises fournissent une «gradation» de chaque carte, de 1 à 10, en fonction d’une série de critères esthétiques précis, qui estime précisément son état d’usure et l’authentifie au passage.

Centrage, couleurs, état des coins, rayures, taches… le cahier des charges est maniaque. Une carte 1 est «very poor» tandis qu’une carte 10+ est «Collector» –le Graal du collectionneur. La même carte, qu’elle soit gradée 1 ou 10, peut voir sa valeur multipliée par 10.

Tsunami de Pikachus

Aux États-Unis, le «grading» est géré par Professional Sports Authenticator (PSA), Certified Guaranty Company (CGC), et Beckett Grading Services (BGS).

En France, c’est Professional Cards Authenticator (PCA) qui s’y colle depuis 2016. Deux ans plus tard, ces cartes certifiées étaient vendues pour la première fois à Drouot. Mais l’évolution de la demande en gradation est tellement forte que même les mastodontes américains n’arrivent plus à suivre, rapporte Vice le 30 avril.

Malgré des heures supplémentaires à foison, des embauches de dizaines d’employés et même de l’investissement dans des solutions d’intelligence artificielle pour l’expertise automatique des cartes de faible valeur, les délais d’attente s’allongent inexorablement: il faut désormais compter plusieurs mois, et parfois près d’un an, pour faire expertiser les cartes les plus rares.

Les bénéfices monstrueux de ces entreprises n’y suffisent pas: elles n’arrivent tout simplement pas à répondre à la demande. Et sans ces rouages essentiels, c’est toute l’économie des cartes Pokémon qui tangue.

Les vendeurs, réduits à envoyer leurs cartes par courrier sans avoir aucune idée du jour où elles leur reviendront, s’impatientent, s’énervent, demandent des comptes. Vingt-cinq ans après, tout le monde veut attraper des Pokémon –mais les enfants ont bien grandi, et les priorités aussi.

Korii

Thibault Prévost