Belmondo en six grands rôles

Godard, Resnais, Malle, Truffaut, Melville, Deray, Lelouch… En 50 ans de carrière, Jean-Paul Belmondo a tourné pour les plus grands réalisateurs. Voici six de ses rôles les plus marquants:

«À bout de souffle» (1960)

Au côté de Jean Seberg, jeune étudiante américaine à Paris, Jean-Paul Belmondo, en truand amoureux, irradie ce premier long-métrage de Jean-Luc Godard devenu le manifeste de la Nouvelle Vague et un film culte. Ce rôle le propulse parmi les acteurs français en vue.

Des décennies plus tard, le film n’a pas pris une ride et parle encore à toutes les générations par sa modernité. On se souvient de la réplique de Belmondo, face caméra: «Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville, allez vous faire foutre».

 

L’acteur tournera un autre film de Godard resté à la postérité, «Pierrot le fou».

«L’Homme de Rio» (1964)

Deux ans après le succès de «Cartouche», un film de cape et d’épée avec Claudia Cardinale, il tourne à nouveau avec Philippe de Broca. Destination cette fois le Brésil pour un film tourbillonnant, à 200 à l’heure, avec l’étincelante Françoise Dorléac.

On suit avec gourmandise les aventures rocambolesques du soldat de deuxième classe en permission Adrien Dufourquet qui vole au secours de sa fantasque fiancée Agnès jusqu’au cœur de la forêt amazonienne.

«La Sirène du Mississipi» (1969)

Après Françoise Dorléac, sa sœur Catherine Deneuve… François Truffaut réunit les deux acteurs en vue du moment pour une histoire d’amour sous le soleil de La Réunion.

Après avoir passé une annonce matrimoniale, Louis Mahé a fait venir sur l’île Julie, arrivée par paquebot. La belle n’a décidément rien à voir avec celle avec laquelle il a longuement correspondu. Mais qu’importe, Paul est totalement subjugué par la jeune femme qui se révèle aussi mystérieuse que vénéneuse.

Le film ne rencontre pas son public à sa sortie mais devient un classique avec le temps. Avec notamment ce dialogue devenu culte: «Quand je te regarde, c’est une souffrance, tu es si belle» – «Hier, tu disais que c’était une joie» – «Oui, c’est une joie et une souffrance».

«Borsalino» (1970)

Ce film de Jacques Deray réunit pour la première fois à l’écran les deux grandes stars masculines du cinéma français, Jean-Paul Belmondo et Alain Delon. Très grand succès auprès du public conquis par les aventures de ces deux voyous, Capella et Siffredi, qui veulent devenir les caïds de la pègre marseillaise.

Un succès toutefois entaché par la brouille, à la ville, entre les deux hommes pour une histoire d’affiche qui finira devant la justice et affectera durablement les relations de ces monstres sacrés. On ne reverra Belmondo au côté de Delon au cinéma que 28 ans plus tard dans «Une chance sur deux» de Patrice Leconte.

«L’As des as» (1982)

Dans les années 70 et 80, les grands succès commerciaux et les films à «cascades» se suivent pour Bébel. Du «Cerveau» à «L’As des as», en passant par «Peur sur la ville» et «L’ Animal», il joue alors à quatre reprises dans les films les plus vus de l’année en France, égalant le record de Fernandel et n’étant dépassé que par Louis de Funès. Sous la direction de Gérard Oury, il est Jo Cavalier, ancien pilote de la Première Guerre mondiale qui, 20 ans plus tard, est devenu entraîneur de boxe et doit se rendre en Allemagne nazie pour les Jeux olympiques de 1936. Véritable triomphe au box-office avec plus de 5 millions d’entrées.

«Itinéraire d’un enfant gâté» (1988)

Claude Lelouch offre là à Jean-Paul Belmondo son dernier très grand rôle au cinéma, couronné du César du meilleur acteur. Il est Sam Lion, abandonné par sa mère alors qu’il était encore bébé, recueilli par un forain et devenu un enfant de la balle.

 

Reconverti dans les affaires après une chute au cirque, il gère une entreprise de nettoyage florissante mais décide un beau matin de tout plaquer pour parcourir le monde sous un faux nom. Un an après l’échec du «Solitaire», le film rencontre un grand succès au cinéma, avec plus de 3 millions d’entrées.

Jean-Paul Belmondo en dix répliques cultes

«À bout de souffle», de Jean-Luc Godard (1960)

«Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville… allez vous faire foutre !»

«Un singe en hiver», d’Henri Verneuil (1962)

«Une paella sans coquillages, c’est comme un gigot sans ail, un escroc sans rosette: quelque chose qui déplaît à Dieu !»

«L’Homme de Rio», de Philippe de Broca (1964)

«Quitter son pays, sa famille, son armée, ses copains, franchir les océans pour voir une donzelle s’agiter dans un bruit de casseroles, ça vous paraît normal ?»

«Cent mille dollars au soleil», d’Henri Verneuil (1964)

«Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, ceux de 60 kilos les écoutent».

«La sirène du Mississipi», de François Truffaut (1969)

Jean-Paul Belmondo: «Quand je te regarde, c’est une souffrance» – Catherine Deneuve: «Pourtant hier, tu disais que c’était une joie» – Jean-Paul Belmondo: «C’est une joie et une souffrance».

«Borsalino», de Jacques Deray (1970)

Alain Delon: «François, pourquoi tu t’en vas ?» – Jean-Paul Belmondo: «Parce qu’on est deux ».

«Docteur Popaul», de Claude Chabrol (1972)

«J’en ai assez d’être aimé pour moi-même, j’aimerais être aimé pour mon argent».

«Flic ou voyou», de Georges Lautner (1979)

«Je sais bien que t’as pas buté l’autre imbécile ! Mais t’en as fait flinguer d’autres ! Si on rajoute à ça le racket, la drogue, les putes, ça fait une jolie carrière quand même ! Les vingt ans que tu vas prendre, c’est un peu la médaille du travail qu’on va te remettre.»

«Le Gignolo», de Georges Lautner (1980)

«Vous savez quelle différence il y a entre un con et un voleur ? Un voleur, de temps en temps, ça se repose».

«Itinéraire d’un enfant gâté», de Claude Lelouch (1988)

«Le meilleur moyen de faire croire que tu connais tout, c’est de ne jamais avoir l’air étonné. Parce que toi, tu as souvent l’air étonné, c’est un défaut (…) C’est étonnant mais ça doit pas t’étonner».

Texte by Le Matin avec AFP

LIGA – POURQUOI LIONEL MESSI NE POUVAIT PAS RESTER AU BARÇA, MÊME GRATUITEMENT

LIGA – Lionel Messi a confirmé son départ du Barça ce dimanche en conférence de presse. L’Argentin a expliqué qu’il voulait rester, même au prix d’une baisse drastique de son salaire, mais que les règles de la Liga l’en ont empêché. Il n’aurait en fait pas pu signer à nouveau avec Barcelone, même gratuitement.

« J’ai proposé de baisser mon salaire de 50%. J’ai tout essayé. » Lionel Messi a, dit-il, tout tenté pour rester au FC Barcelone. Mais le sextuple Ballon d’Or, après 21 ans en Catalogne, a dit adieu à son club de toujours lors d’une conférence de presse ce dimanche. Il a expliqué avoir fait le maximum, comme le club et son président Joan Laporta, pour continuer sous la tunique blaugrana. Mais, en raison des règles de la Liga, cela n’a pas été possible. Même si Messi avait, hypothétiquement, décidé de jouer gratuitement pour le club qu’il « aime ».
 
  • Messi : « Le PSG, c’est une possibilité »
Le règlement de la Liga impose en effet une sorte de salary cap. La masse salariale d’un club ne doit pas dépasser 70% de son chiffre d’affaires. Or, dans le cas du Barça et selon les chiffres donnés par le président Joan Laporta lui-même vendredi, la somme des salaires barcelonais représente actuellement… 95% du chiffre d’affaires du club. Ajoutez Messi, et le chiffre atteindrait 110% !
 

BARCELONE PAIE SA GESTION CATASTROPHIQUE

Barcelone paie donc sa gestion catastrophique des dernières années. Le contrat le plus récent de Messi, qui pesait près de 575 millions d’euros, a forcément joué. La récente folie dépensière du club (Coutinho à 145 millions d’euros, Dembélé à 130 millions, Griezmann à 120…) aussi. Le Barça aurait perdu près de 475 millions d’euros l’an passé d’après Laporta, et cumulerait un peu plus d’un milliard d’euros de dettes. Une situation intenable qui a précipité la perte du meilleur joueur de l’histoire du club – voire de l’histoire, tout court.
 
Texte PAR EUROSPORT

Le Parlement français adopte la loi d’application du « pass sanitaire »

Au lendemain d’une nouvelle journée de mobilisation de ses opposants, le pass sanitaire anti-Covid a été adopté définitivement dimanche soir en France. Députés et sénateurs sont parvenus à un accord de principe sur ce texte controversé.

L’Assemblée nationale a mis fin au marathon parlementaire entamé mardi par un large vote, avec 156 voix pour, celles de la majorité et de la droite, 60 contre, venues de la gauche et du Rassemblement national, et 14 abstentions.

L’Assemblée nationale a mis fin au marathon parlementaire entamé mardi par un large vote, avec 156 voix pour, celles de la majorité et de la droite, 60 contre, venues de la gauche et du Rassemblement national, et 14 abstentions.

Le chef de file des députés La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a défendu en vain une ultime motion de rejet, dénonçant une « liberté conditionnelle » avec le pass anti-Covid, et invitant à « désobéir ». Un brin provocateur, le ministre de la Santé Olivier Véran s’est lui félicité de « l’unité nationale retrouvée », après 60 heures d’échanges au total dans les deux chambres.

L’Assemblée nationale a mis fin au marathon parlementaire entamé mardi par un large vote, avec 156 voix pour, celles de la majorité et de la droite, 60 contre, venues de la gauche et du Rassemblement national, et 14 abstentions.

Le chef de file des députés La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a défendu en vain une ultime motion de rejet, dénonçant une « liberté conditionnelle » avec le pass anti-Covid, et invitant à « désobéir ». Un brin provocateur, le ministre de la Santé Olivier Véran s’est lui félicité de « l’unité nationale retrouvée », après 60 heures d’échanges au total dans les deux chambres.

Limitation dans le temps

Car peu avant, c’était le Sénat, dominé par la droite, qui avait approuvé par 195 voix pour, 129 contre et 17 abstentions le même texte prévoyant le pass étendu et aussi l’obligation vaccinale pour les soignants. En commission mixte, 14 députés et sénateurs avaient trouvé un accord (lire aussi encadré) en début de soirée, au bout de près de quatre heures de réunion.

Ainsi au-delà du 15 novembre, le dispositif de pass ne pourra se poursuivre qu’avec un nouveau vote du Parlement. Les contrôles relèveront de la police administrative et non du pénal dans un premier temps.

Pas de licenciements pour les soignants

En outre, comme le souhaitaient les sénateurs, c’est l’assurance maladie qui contrôlera en premier lieu l’isolement obligatoire pour les contaminés par le Covid-19, avant une intervention des forces de l’ordre en cas de besoin. « On ne pouvait pas traiter les Français comme des délinquants », selon le sénateur Hervé Marseille (Union centriste).

Enfin, il n’y aura pas de licenciement pour les personnes qui ne respecteraient pas l’obligation vaccinale du fait de leur profession mais une suspension du salaire. Ce point avait été âprement discuté.

Pass étendu début août

Procédure rare, un amendement gouvernemental de dernière minute autorisant de manière très encadrée les préfets à imposer le pass dans des grands centres commerciaux a été adopté en dernière minute. L’obligation de le présenter avait pourtant été biffée par le Sénat, une suppression approuvée ensuite par la Commission mixte paritaire.

Le pass étendu doit être appliqué début août. Le temps presse face à une flambée inédite en France des contaminations liée à la propagation du variant Delta du Covid-19, très contagieux. Le projet de loi doit encore passer le filtre du Conseil constitutionnel saisi par le Premier ministre Jean Castex et la gauche.

Texte by Le monde agences/jop/vajo/vic

COMMENTAIRE. Euro 2021 : France, Portugal, Allemagne… le groupe de la mort a tué les cadors

La France, l’Allemagne et le Portugal, tous sortis du « groupe de la mort » de l’Euro 2021, ont été éliminés dès les huitièmes de finale, respectivement par la Suisse, l’Angleterre et le Portugal.

En novembre 2019, à Bucarest en Roumanie, le tirage au sort de l’Euro 2020 (finalement joué en 2021) n’avait pas épargné la France, l’Allemagne et le Portugal. Le hasard plaçait les trois derniers vainqueurs des grandes compétitions internationales (Coupe du monde 2014 pour l’Allemagne, Euro 2016 pour le Portugal, Coupe du monde 2018 pour la France) dans le même groupe, ce qui n’était jamais arrivé.

Le groupe F, désigné « groupe de la mort », c’était la promesse, pour les téléspectateurs, de voir de belles affiches dès le début de la compétition, mais un casse-tête pour les sélectionneurs. Il fallait être prêt dès le départ, trop tôt peut-être pour aller au bout. Car les cadors sont programmés pour monter en puissance durant la compétition, pour arriver dans un état de forme optimal à partir des quarts de finale.

Organismes éprouvés

S’il n’a tué personne, puisque les trois équipes se sont qualifiées pour les 8es de finale, l’influx nerveux et physique demandé dès l’entame de la compétition aura été fatal dès la phase à élimination directe. Comme si le groupe n’était déjà pas assez relevé, le deuxième et le troisième ont croisé la route de l’Angleterre, chez elle à Wembley, et de la Belgique, numéro 1 au classement Fifa. Quand d’autres huitièmes offraient des oppositions moins « huppées », entre le Danemark et le Pays de Galles ou entre la Suède et l’Ukraine.

Seule la France, en théorie, semblait épargnée, même si elle a probablement hérité du pire meilleur troisième en croisant la route de la Suisse, une sélection toujours très difficile à jouer et 13e au classement internationale.

Paradoxalement, c’est le Portugal, troisième du groupe, qui a finalement été le plus proche de se qualifier. Les coéquipiers de Cristiano Ronaldo ont eu de nombreuses occasions, la possession, mais ont parfois manqué de lucidité dans le dernier geste, de chance aussi, de fraîcheur physique sûrement. Pas étonnant. Les organismes ont été mis à rude épreuve. Les Portugais, comme les Français, ont joué deux de leurs trois rencontres à Budapest, le seul stade de l’Euro sans restrictions de spectateurs, sous une chaleur étouffante. Ce n’est pas la même chose de jouer sous 35 degrés en Hongrie, que par 15 degrés à Londres ou à Amsterdam.

Hormis leur confrontation, elles ont également joué leur rencontre à l’extérieur, à Munich contre l’Allemagne, à Budapest contre la Hongrie. Et comme si tout cela ne suffisait pas encore, les trois équipes ont compté deux à trois jours en moins de récupérations.

Problème d’équité

Ce constat posé, il était donc difficilement envisageable pour les trois équipes d’aller loin dans la compétition, même si les Français semblaient avoir fait le plus dur contre la Suisse en menant 3-1 à dix minutes de la fin. Le manque de fraîcheur physique était flagrant dimanche pour le Portugal, lundi pour la France, mardi pour l’Allemagne. Évidemment, cela n’enlève en rien la prestation des Belges, des Suisses et des Anglais. Mais eux n’ont pas eu à jouer des finales dès la phase de poule. L’Euro dans onze pays a ses bons côtés, mais également ses mauvais, notamment sur le plan de l’équité.

Didier Deschamps doit-il rester sélectionneur des Bleus ?
 

L’histoire avait commencé pour les Bleus à Bucarest un soir de novembre 2019 par un coup du sort. Elle s’est terminée un soir de Juin 2021 à Bucarest par la loterie des tirs au but. La boucle est bouclée.

Texte by    Ouest-France     Pierre GUYON.

Euro 2021: pourquoi y a-t-il plusieurs pays hôtes, et pas un seul, comme d’habitude?

Cette année, la compétition sera répartie entre onze pays, contre un habituellement. On vous explique pourquoi.

L’Euro de football, initialement prévu du 12 juin au 12 juillet 2020, a dû être décalé en raison de la pandémie mondiale de Covid-19. Mais cette fois, c’est la bonne. Le Championnat d’Europe de football se tiendra du 11 juin au 11 juillet.

Et, pour la première fois de son histoire, l’Euro aura lieu dans onze villes, issues de onze pays différents. Londres (Angleterre) ; Saint-Pétersbourg (Russie) ; Bakou (Azerbaïdjan) ; Munich (Allemagne) ; Rome (Italie) ; Amsterdam (Pays-Bas) ; Bucarest (Roumanie) ; Budapest (Hongrie) ; Copenhague (Danemark) ; Glasgow (Écosse) et Séville (Espagne), ont été choisies par l’UEFA pour recevoir des matchs.

Avant la pandémie, Dublin (République d’Irlande) et Bilbao (Espagne), devaient accueillir des matchs. Elles sont finalement été remplacées, en avril dernier, par Séville et Saint-Pétersbourg, faute de pouvoir accueillir du public dans leur stade.

Dans toutes les autres éditions de l’Euro, seul un pays était choisi pour être hôte, et les matchs avaient ensuite lieu dans différentes villes du pays organisateur. Pour rappel, en 2016, c’est la France qui avait été choisie, et des matchs avaient eu lieu dans 10 stades : au stade Pierre-Mauroy de Villeneuve-d’Ascq, au stade Bollaert de Lens  ; au stade de Bordeaux ; au stade de Lyon ; au stade Vélodrome de Marseille ; au stade de Nice ; au Parc des Princes de Paris ; au Stade de France de Saint-Denis ; au Stade Geoffroy-Guichard de Saint-Etienne et au stade municipal de Toulouse.

C’est aussi parce qu’elle était organisatrice de l’édition 2016 que la France n’a pas candidatée, et donc ne sera pas ville hôte, pour cette nouvelle édition de la compétition européenne.

Une édition exceptionnelle

Mais cette année, l’organisation est donc répartie entre onze villes. Ce choix ne date pas d’hier : la décision a en fait été prise par l’UEFA en 2012. C’est Michel Platini, alors président de l’UEFA, qui propose ce championnat d’Europe 2020 réparti sur plusieurs « 12 ou 13 villes » du Vieux-Continent, rappelle un article de l’Express daté de 2012, pour célébrer les 60 ans de cette compétition. C’est finalement ce qui a été mis en place.

Le site officiel de la compétition affirme bien : « L’UEFA EURO 2020 sera organisé dans toute l’Europe pour la première fois à l’occasion des 60 ans de la compétition, dans onze villes différentes ».

Et qui dit dispositif spécial, dit règles spéciales. Lors de l’organisation classique, le pays hôte est automatiquement qualifié pour le championnat européen. Pas cette fois : « Il n’y aura aucun qualifié direct, toutes les nations avec des villes hôtes ont tenté de gagner leur place pour la phase finale », rappelle l’UEFA.

Quoi qu’il en soit, il s’agit bien là d’une organisation exceptionnelle : l’Euro 2024 a été confié à l’Allemagne.

Text by C. Br. |

McFly et Carlito : Emmanuel Macron déjà en campagne sur Youtube

En lançant un défi aux célèbre duo de youtubeurs, le Président espère bénéficier de leur image cool auprès de la jeunesse. Une stratégie de propagande électorale qui devrait être plus encadrée.

McFly et Carlito ont plus de 6 millions d’abonnés sur Youtube, un talent comique indéniable et peut-être les meilleures intentions du monde. Mais quand ils affirment que faire une vidéo avec Emmanuel Macron ne revient pas à l’aider à se faire réélire, ils se trompent.

Nous sommes le 19 février 2021 quand McFly et Carlito publient une vidéo sur leur chaîne Youtube : «Le PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE nous lance un défi. Dinguerie ? Oui.» Les codes du «Youtube Game» sont respectés, les deux youtubeurs commentent et reviennent sur le coup de téléphone que leur a passé plus tôt le Président, et le défi qu’il leur a lancé : réaliser une vidéo sur les gestes barrières qui dépasse les 10 millions de vues. S’ils y parviennent, ils seront alors invités à l’Elysée pour y tourner une nouvelle vidéo, l’occasion pour eux de créer du contenu inédit et la promesse de plusieurs millions de vues supplémentaires. Défi relevé en trois jours : mercredi midi, la vidéo comptabilisait déjà 11 millions de vues. Retour sur une campagne de propagande électorale à destination des 15-25 ans, déguisée derrière une vidéo anodine sur les gestes barrières.

Macron à la recherche de l’effet de Halo

Pour comprendre l’objectif d’Emmanuel Macron derrière ce défi lancé à deux jeunes youtubeurs stars, icônes d’une génération, il faut d’abord comprendre le fonctionnement d’un biais cognitif : l’effet de Halo. L’effet de Halo vous pousse à réaliser des associations d’idées inconscientes, et à transférer les qualités d’une personne ou d’un objet, à la personne ou l’objet qui lui est associée.

Depuis des décennies, ce biais est le fondement de pléthore de campagnes publicitaires où les marques associent l’image d’un sportif ou d’une célébrité à leurs produits, en espérant que, par effet de halo, leur image «déteigne» sur leur produit. Auprès de la génération des 15-25 ans, McFly et Carlito sont des icônes du cool. Leurs vidéos, vues des millions de fois, promettent à leurs abonnés de passer un moment drôle, devant lequel sourire et se vider la tête. Bref, un moment cool. Autrement dit, par ce simple effet de halo, si McFly et Carlito font une vidéo avec Emmanuel Macron, elle rend mécaniquement Emmanuel Macron cool.

Peu importe ce qui s’y dit, et peu importe le sujet, notre cerveau fera l’association inconsciente entre leurs personnalités et l’image d’Emmanuel Macron.

L’image et la personnalité, éléments décisifs pour 2022 ?

En démocratie, nous aimons croire que lorsque les citoyens se rendent aux urnes, ils votent en leur âme et conscience pour un programme, pour des idées, pour une vision de l’avenir. Dans les faits, nous savons que c’est faux. Et d’autant plus avec quelqu’un comme Emmanuel Macron. Selon un sondage Ipsos-Sopra Steria, en 2017, 8 % des votes pour Emmanuel Macron au second tour l’ont été pour «sa personnalité». 8 %, rapporté à son score du premier tour, ça représente environ 700 000 voix. Or un candidat malheureux répète à cors et cris depuis trois ans et demi qu’en 2017, il aurait été au second tour «à 600 000 voix près». Ce candidat, c’est Jean-Luc Mélenchon.

Depuis 2017, les jeunes (nés entre 1998 et 2005 environ) sont la cible de nombreuses réformes qui ont rendu leurs conditions de vie plus difficiles et leur avenir plus incertain. Avec Parcoursup et la réforme du lycée, leurs chances d’accéder à une bonne formation se sont réduites, et ont creusé les inégalités entre les jeunes issus des centres-villes favorisés, et les autres (banlieues et «province»). Emmanuel Macron n’est pas non plus au rendez-vous des attentes de cette génération en matière de climat, en attestent le non-respect des accords de Paris et ses renoncements /aménagements sur les néonicotinoïdes, le glyphosate et l’interdiction du plastique jetable.

La question également des violences policières, au cœur des préoccupations d’une partie de cette génération comme l’a prouvée l’immense succès de la manifestation du 2 juin devant le tribunal judiciaire de Paris en mémoire d’Adama Traoré et George Floyd, est également un marqueur de rupture avec un président qui ne cache pas son soutien aux méthodes du préfet de police de Paris, Didier Lallement. Et surtout, cette jeunesse est aujourd’hui affamée, et désespérée. Entre l’augmentation exponentielle de la prostitution, physique ou numérique, et l’allongement jour après jour des files d’attente devant les centres d’aides alimentaires, s’impose le constat d’un abandon de toute une génération dans un contexte de crise sanitaire.

Face à cette situation, il est tout à fait raisonnable de penser que l’exécutif a commandé des sondages pour jauger le ressenti de cette génération quant à son action. Et il est tout aussi raisonnable de penser que les résultats de ces sondages ne sont pas bons, d’où le besoin de recourir aux influenceurs pour limiter par la communication les dégâts faits par le politique.

L’influence comme moyen pour contourner les règles

Ce qui arrive entre McFly et Carlito et Emmanuel Macron n’est pas une première sous la présidence LREM, puisque cet exécutif y a déjà eu recours à plusieurs reprises pour délivrer des messages à une population éloignée des médias traditionnels. Qu’il s’agit du youtubeur fitness Tibo InShape pour assurer la promotion du SNU, de l’influenceuse EnjoyPhoenix qui a été invitée à passer une journée avec Brune Poirson, alors secrétaire d’Etat en charge de l’écologie, pour verdir l’image du gouvernement, ou encore de Nino Arial dans le cadre d’une campagne contre le harcèlement, le recours influenceurs est devenu une pratique courante sous le quinquennat d’Emmanuel Macron.

Et cette pratique soulève de nombreuses questions.

Entre leur audience de plusieurs millions d’abonnés et l’effet de halo qu’ils confèrent aux politiques avec lesquels ils collaborent, les influenceurs sont un moyen de propagande politique surpuissant auprès des moins de 30 ans. Mais ils représentent aujourd’hui pour les hommes et les femmes politiques un moyen de contourner l’interdiction française de faire de la publicité sur les réseaux sociaux. En effet, en France la législation qui encadre la publicité à des fins de propagande politique est particulièrement stricte : elle est interdite dans les six mois qui précèdent une élection.

Pas de bannières, pas d’achat de mots-clés, pas de posts sponsorisés sur Facebook ou Instagram, rien. Mais, en l’état, la législation n’interdit pas de commander une vidéo à un influenceur. Or compte tenu du jeune âge de leur audience (souvent mineure) et du fait qu’un influenceur ne soit tenu à aucun devoir de neutralité contrairement à un·e journaliste, une réflexion s’impose pour, a minima, encadrer et légiférer ces pratiques qui représentent un vrai risque pour l’intégrité des scrutins à venir.

par Antoine Kalawski, Liberation.fr